1926 : salons et comparatifs de nus

Fernand présente au Salon des Artistes Français deux toiles hors concours.

 

 

 Théâtre des sept péchés capitaux

La toile est acquise par la ville de Charleroi, elle est actuellement encore au Musée des Beaux-Arts de Charleroi. 

 

Berceuse 

 

Ses deux toiles reçoivent des critiques qui ne sont pas toujours très positives. 

"M. FALO a tenté de refaire le tableau du Titien Vénus écoutant de la musique. On se convaincra en regardant sa Berceuse que seul un peintre de génie peut faire tenir dans une même toile un paysage, une femme nue, un homme jouant de l'orgue et un chien. Les ambitions de M. Allard l'Olivier sont plus modestes, Mais s'est-il rendu compte que son joueur de mandoline, malgré son manteau rouge, est ridicule, auprès de sa Vénus, et que son indifférence même ne manque pas d'être choquante ? M Allard l'Olivier a dressé également un Théâtre des sept péchés capitaux qui est une des toiles les plus irrésistibles de ce Salon. On plaindra autant la Gourmandise condamnée à manger la détestable nature morte, que la Luxure dont un bouc semble, avec dégoût, flairer l'odeur. Et l'Orgueil, avec sa plume rouge ne nous inspirera nulle envie." (Le 15/5/1926, dans L'Art vivant

On peut effectivement rapprocher La Berceuse de Fernand  des Venus du Titien, mais aussi  d'Olympia de Manet : 

Cette première toile du Titien qui se trouve au Prado à Madrid, est connue comme Venus avec organiste et Cupidon. À gauche un jeune garçon joue de l'orgue tout en regardant Venus, cette dernière est tournée vers Cupidon caché derrière son bras gauche. Venus est nue, couchée sur un lit, à l'arrière plan un jardin avec statue. 

Plus connue du Titien est la Venus d'Urbino exposée à la Galerie des Offices à Florence. Venus est couchée, mais elle nous regarde sensuellement. Elle tient des roses dans sa main droite, tandis que sa main gauche est posée sur son sexe. À l'arrière plan des servantes rangent dans des coffres. Le geste de la main gauche de Venus a été interprété par des historiens de l'art (Rona Goffen entre autres) comme une allégorie du mariage : la femme se masturbe avant le coït avec son mari, dans l'espoir qu'un orgasme favorisera la conception d'un enfant. 

Olympia d'Edouard Manet est visible au musée d'Orsay. La toile a créé un scandale important au Salon de 1865. Manet avait visité Florence et avait fait plusieurs copies de la Venus d'Urbino. La composition des deux toiles est identique, les deux femmes adoptent la même pose, mais cette fois-ci la servante est présente au premier plan et est noire. Le regard direct que la femme semble lancer au spectateur choque beaucoup le public de l'époque qui voit dans Olympia une fille de joie.

Dans la toile de Fernand, la femme est manifestement détendue, peut-être endormie. Les mains ne sont pas sur le sexe, mais posées l'une au côté, l'autre derrière la tête. Elle ne jette pas un regard au violoniste qui joue derrière elle. La toile est moins sensuelle., la femme semble surtout se reposer... 

Fernand a, entre 1924 et 1930, peint toute une série de femmes nues couchées, c'est un thème qu'il aime, et qu'il a traité de plusieurs façons différentes : 

Dans ce Nu dans l'atelier du peintre la femme est seule, mais dans le miroir situé en arrière-plan, on entraperçoit le peintre au travail. Le modèle est bien plus sensuel que celui de La Berceuse, les bras relevés au dessus de la tête mettent les deux seins lourds en valeur. Les jambes sont serrées mais le sexe est ici visible. 

Version minimaliste pour cette Femme nue : pas de personnage secondaire, pas de fleurs ni d'animaux ni d'instruments de musique. Mur nu, on ne voit que la femme, couchée bras le long du corps, elle vous regarde la bouche entrouverte, comme vous appelant...

 

Ce Nu à la pomme fut présenté au SAF de 1929. Quelques fleurs mais aucun personnage, le mur d'arrière-plan est vide. on ne voit que la femme un bras relevé montre une aisselle épilée et un sein rond, elle regarde vers le spectateur sans paraître le voir. 

Le Délassement se trouve au musée de Pau. On retrouve le violoniste à l'arrière plan comme dans la Berceuse, un bras posé sur la couche, il est très prêt de la femme. Celle-ci n'a pas l'air de dormir mais d'écouter la musique, entièrement détendue. 

Version fruits et fleurs. 

J'ai un faible pour cette dernière version : un homme en costume de soirée, au chevet d'une femme nue s'exposant sans pudeur... Peut-être la plus sensuelle de toutes. 

 

 

En février 1926 parait dans Le Home un long article sur Fernand Allard l'Olivier par Gilles Verdavaine.

 

Fin janvier 1926, Fernand se voit attribuer la Légion d'Honneur par la France. Il reçoit l'autorisation, du Roi Albert, de la porter en Belgique. 

 

 

En octobre 1926, un "Salon du franc" est organisé par Paris-Midi au Musée Galliera à Paris.  Cet événement est destiné à "relever les finances" de la France. Fernand participe en envoyant une toile. Cette toile est vendue au enchères et achetée par l'État français. Je ne sais pas de quelle toile il s'agit. 

Fernand reçoit une lettre de remerciement signée du Maréchal Joffre. ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Joffre)