Lettres de condoléance reçues par Juliette après la mort de Fernand 

Télégramme du 17/6/1933

Le Roi et la Reine ont appris avec tristesse le malheur qui vous éprouve et me chargent de vous exprimer leurs vives condoléances :

comte de Patou 

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La Goulette, Wauthier-Braine, Brabant, le 16 juin 1933

Ma chère Juliette, 

On vient de m'apprendre la terrible nouvelle. J'en suis bouleversé, autant que les amis qui me l'ont apporté. Fernand était peut-être pour nous, le plus fort, le plus solide, celui que rien ne peut atteindre. C'était aussi le camarade le plus sincère et le plus loyal - son optimisme nous avait souvent servi de remède et de guide. 

Je n'ose pas penser à tout cela, qui étais lui, car, s'il nous était arrivé de ne pas être d'accord sur différentes choses, j'avais pour lui une profonde affection et je ne puis penser sans une cruelle émotion à cet effroyable malheur. C'est effrayant ! 

Je m'excuse de ne pas savoir vous dire ce que je ressens, mais je veux que vous sachiez ainsi que vos enfants quelle part je prends à votre peine, et je mets ici pour vous et pour eux, l'expression de ma cordiale affection. 

Votre, Anto Carte

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Service de la Reine, Palais de Bruxelles, le 23 juin 1933 (lettre dactylographiée) 

Madame,

La Reine a appris avec émotion la cruelle épreuve qui vient de vous atteindre. 

Sa Majesté m'a chargé de vous exprimer les regrets qu'Elle éprouve de la disparition si imprévue de Monsieur Allard l'Olivier dont Elle a eu maintes fois l'occasion d'apprécier le talent. 

Notre Souveraine désire que vous sachiez qu'Elle partage votre peine et celle de vos enfants. Elle m'a prié aussi, Madame, de vous dire ses vives et très profondes condoléances. 

Veuillez, Madame, agréer l'expression de les hommages respectueux. 

Signature illisible (Secrétaire de la Reine) 

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Bd des Batignolles, Paris, 24 juin 1933

Chère Madame Allard, 

Avant de quitter Paris j'ai appris l'affreuse nouvelle, à laquelle je n'avais pas voulu croire. Je ne vous ai donc pas écrit : j'espérais malgré tout et voici que de Roubaix on me donne des précisions !!

Comment vous dire mon chagrin ! 

Vous savez toute l'affection fidèle que j'avais pour votre cher mari. Je l'ai connu si jeune ! si ardent, si plein de vie ! et lui qui aimait tant la vie est tué par une mort imbécile !! Quelle misère !

Je m'étais inquiété de son silence lors d'un passage à Paris auprès de Watelet. Il m'avait dit que depuis d'assez longs mois il était reparti au Congo pour des travaux importants. Alors j'excusais et j'étais rassuré. 

Il m'avait habitué à belle écriture forte et pleine. Ses lettres m'étaient précieuses et attendues ! Voilà que c'est fini ! C'est horrible. Je vous vois tous là-bas dans votre beau coin de Woluwe, vous et vos deux magnifiques enfants - la maison rêvée organisée par lui se développant lentement - le jardin qu'il bêchait et à l'atelier de grandes fresques, effort sain et robuste d'une nature si bien armée et si pleine de talent ! 

Quelles consolations vous apporter chère Madame Allard...Je ne sais ! Je sais surtout que les mots sont inutiles. Laissez-moi me joindre de tout mon cœur à ceux qui comme moi l'ont aimé et apprécié. Permettez-moi de pleurer avec vous, mon pauvre cher Allard, que j'ai aimé comme un jeune frère. ma femme se joint à moi pour vous dire la grande part qu'elle prend à votre chagrin et nous vous embrassons, vous et les enfants, bien tendrement et bien douloureusement. 

Votre Jules Adler 

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Sans date ni lieu

 

Le Baron Steens a été douloureusement ému d'apprendre la mort de son excellent camarade Allard L'Olivier, qui disparait au Congo au moment où il s’apprêtait à enrichir encore le patrimoine artistique de son pays. 

Je prie la famille du grand artiste dont l'affliction sera partagée par tous ceux qui ont le culte de la saine et belle peinture, de croire à sa profonde sympathie et d'agréer ses très sincères condoléances. 

(Sans signature, peut-être https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Steens

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Bruxelles la 18 juin 1933

(papier à l'en-tête "Henry Lacoste, architecte, Professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, 3 place Royale, Bruxelles) 

Madame, 

Je vous prie d'agréer mes respectueuses condoléances, pour le deuil qui vous frappe. 

Peu avant son départ j'ai encore eu l'honneur d'être reçu chez vous par votre regretté mari. J'avais eu récemment aux expositions de Paris et de Rome la joie de travailler avec lui. Son oeuvre magnifique avait été aux yeux de l'étranger la meilleure part de la participation belge et nous étions frères. 

Ayant été moi-même élève de son père et ami de sa famille je prends une part très sincère à votre douleur. 

Je vous prie, Madame et je prie vos enfants d'agréer les vœux que nous formons ma femme et moi pour que vous supportiez avec fermeté cette dure épreuve et je vous salue respectueusement. 

H. Lacoste (https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Lacoste)

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Mons le 18 juin 1933

(papier à l'en-tête du Cercle d'Art du BON VOULOIR) 

Chère Madame, 

Le Cercle "Bon Vouloir" a appris avec une profonde tristesse la mort de votre cher mari. Nous ne pouvons croire à un pareil malheur ! Nous nous réjouissions de le revoir bientôt et de l'entendre raconter les épisodes de son deuxième voyage au Congo. 

Hélas, nous voilà privés de notre cher ami, si gai, si vivant, si noble de caractère. 

Notre tristesse, si grande qu'elle soit, qu'est-elle à côté de l'immense douleur qui vous écrase en ce moment. 

Mais nous savons que vous êtes forte, courageuse et que vous aurez la force de surmonter cette tragédie si impossible que cela puisse paraître. Madame, tous les sentiments fraternels que nous éprouvons pour votre cher Allard L'Olivier, permettez nous de les reporter sur vous et vos enfants. Pour le moment c'est le recueillement, la douleur et votre famille, vos amis intimes sont auprès de vous mais sachez que nous pleurons et que nous souffrons avec vous. 

Nous aurons l'occasion de vous voir madame et nous aurons la consolation de parler ensemble de notre éminent et cher disparu. 

Courage, chère madame, courage ! 

Nous vous prions, madame, de recevoir l'expression de nos sentiments affectueux et attristés. 

Pour le Cercle : Charles Caty,

30 avenue du Grand Jour, Mons 

 

P.S. C'est en ce moment notre salon. Nous avons rassemblé quelques œuvres de votre mari et placé à l'exposition. Demain, lundi, notre ami, F. André prendra la parole à 16h pour faire l'éloge du grand peintre et de l'homme qu'était votre cher mari. Tous les admirateurs et amis du maître seront présents. je me permettrai de vous envoyer le compte-rendu de cette séance. 

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18 juin 1933

(papier à en-tête du ministère des colonies, Le Ministre)

Madame, 

Je ne puis vous dire combien j'ai été affecté par la douloureuse nouvelle. 

Votre mari avait quitté mon bureau il y a quelques mois si plein de vie, d'entrain et de grands projets ! 

Je sentais qu'il allait faire de belles choses. Et voilà qu'il est brutalement enlevé aux siens, aux coloniaux qui l'aimaient tant, à l'art auquel il avait voué sa vie ! L'énorme grande perte que vous devez ressentir plus cruellement que personne mais qui nous atteint tous. 

J'ai donné en Afrique les instructions qui correspondait à cette triste circonstance. 

Veuillez, Madame, partager avec vos enfants mes condoléances émues et trouver ici, pour vous, l'hommage respectueux de ma douloureuse sympathie. 

Paul Tschoffen 

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Sans date 

Chère Madame,

J'apprends à l'instant le terrible malheur, pauvre cher Fernand, si fort et si vaillant à la vie, il m'est impossible de me faire à l'idée que je ne le verrai plus et qu'une mort horrible l'a arraché à sa Femme, ses enfants et a vieille mère, que ses amis ne sentiront plus sa franche et cordiale poignée de mains, que son talent, si riche et si puissant ne donnera plus d’œuvres, au moment où il était en pleine possession de tous ses moyens. 

Laissez-nous le pleurer avec vous et vos enfants chère Madame et recevez nos sentiments péniblement attristés, l'expression de nos vives et profondes condoléances. 

Ma femme se joint à moi pour vous dire toutes notre affectueuse sympathie.

Pierre Paulus (https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Paulus)

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Le 16 juin, 2 rue Emile Bouilliot

Chère Madame, 

Nous avons été émus en apprenant le grand malheur qui vous atteint si cruellement. 

Laissez-nous vous dire, à vous et à vos chers enfants, la art très vive que nous prenons à votre douleur. 

Si quelque chose peut vous apporter quelques consolations à ce triste moment de votre vie, ce doit être la pensée que les nombreux amis qui ont connu votre cher mari, et qui ont apprécié son caractère et le service qu'il a rendu à son pays, vous entourent de toutes leur sympathie. 

Agréez, chère Madame, pour vous et les vôtres, l'expression de nos sentiments affectueux et dévoués. 

F. Helena Marzorati (https://www.kaowarsom.be/documents/bbom/Tome_VI/Marzorati.Alfred_Frederic_Gerard.pdf)

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Bruxelles le 27 juin 1933

 

Chère Madame Allard, 

J'ai appris par la voix des journaux la terrible nouvelle sur la mort de votre cher mari, notre camarade Allard, aussi je m'empresse de vous adresser ainsi qu'à la famille mes plus sincères condoléances pour le grand malheur qui vient de vous frapper. 

Je comprends la douleur qu'une perte si brutale doit vous causer, ainsi qu'à vos enfants, et malheureusement aucune parole de consolation pourra atténué votre profonde douleur.

Cependant, permettez-moi, Madame, de vous dire combien les artistes et moi-même nous pleurons notre grand ami, personnellement je connais Allard depuis plus de trente ans, je l'ai connu comme il habitait Cureghem, où j'habitais également, nous avons débuté ensemble à l'académie de Bruxelles, chez le professeur Verdeyn (probablement https://fr.wikipedia.org/wiki/Isidore_Verheyden) en cours du soir. 

C'est vous dire que je le connais, et nous le regrettons d'autant plus, car nous avions pour lui, comme artiste et comme homme la plus grande estime, il avait su se faire aimer par ses confrères, c'était un grand coeur, toujours prêt et heureux de pouvoir aides des artistes plus jeunes, afin de leur faciliter la route dans cette carrière aride.

Jean Colin (https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Colin_(peintre))

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Bruxelles, 29 square Vergote, ce 15 juin 1933

Chère Madame, 

J'apprends à l'instant l'affreuse nouvelle. Elle me terrasse. je ne veux pas essayer de vous adresser des consolations, dont je sais trop qu'elles sont vaines devant pareil malheur. Trouvez du moins ici, pour vous et els vôtres, le souvenir de la franche amitié qui, depuis vint-cinq ans, me liait au cher disparu. 

Avec mes hommages respectueux et affligés

G Charlier (https://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Charlier)

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Le Bourgmestre de la ville de Tournai et Madame Asou ont partagé la consternation générale à l'annonce du fatal accident qui vous met si cruellement en deuil. Ils apprécient d'autant plus votre douleur qi'oms savent quel homme excellent vient de vous être enlevé, et quel grand et admirable artiste notre ville et notre pays viennent de perdre. 

Ils vous prient d'agrée l'expression émue et sympathique de leurs profondes condoléances. 

(https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Asou)

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Samedi 17 juin 33

Les amis s'étaient réunis hier soir spontanément, ma chère Juliette, pour parler de lui, et vous auriez été touchée comme je le fus par l'unanimité des regrets et les éloges du grand cœur que nous pleurons tous. 

Depuis mardi, je ne puis détacher mes yeux de son image et il n'est pas d'instant où ne s'évoquent pour moi un des ses gestes, l'expression de sa voix ou certaines de ses paroles de bonté. 

Je ne puis me résigner et suis tentée de revenir aux toutes premières heures qui nous permirent d'espérer... 

Laissez-moi reporter sur vous et vos enfants, ma chère Juliette, ainsi qu'il l'avait voulu sûrement, l'affection que j'avais pour lui, laissez-moi vous exhorter au courage dans la ferveur du souvenir, laissez-moi vous embrasser en frère, d'un cœur fidèle et désolé. 

GM Stevens (https://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Max_Stevens)

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 Léopoldville, ce 14-6-33

Chère Madame, cher André, chère Mademoiselle

La terrible nouvelle que j'apprenais avant-hier vous est parvenue à Bruxelles. J'espère qu'on vous l'aura annoncée avec tous les ménagements possible ; car, à moi, qui n'étais que le grand ami de Fernand, j'ai été terrassé, lorsqu'on m'a lu le télégramme déposé à Basoko sans préparation aucune. Je me disposais à vous annoncer précisément à ce courrier que toutes les mesures étaient prises pour l'exposition de Léopoldville. J'avais les cadres fabriqués d'après les instructions de l'artiste. Les cartes d'invitation étaient imprimées, le local mis gracieusement à ma disposition par le Comité du Cercle. Et il allait venir, lui, le grand artiste par qui toutes les choses exposées avaient été faites. Il les avait sur son bateau. Son boy les avait déjà auparavant protégées d'un commencement d'incendie à bord d'une camionnette. Tout était donc pour le mieux. Nous l'attendions, ici avec l'impatience de revoir notre ami et voilà que tout à coup brutalement tous ces beaux espoirs sont détruits. 

Au moment où je vous écris et nous sommes le 14 juin déjà, je ne peux me défaire d'un espoir qui me reste et lorsque je téléphone et retéléphone à l'Unatra pour avoir encore des nouvelles on me répond : non, Monsieur Guébels ! Plus d'autres nouvelles. Je ne sais si je vous console ou vous afflige, mais je ne peux rien d'autre que vous dire ma propre peine, l'unir à la votre, à tous trois là-bas à Stockel ! Peine effroyable et que je voudrais tant faire plus légère. Las ! Je ne peux même pas alléger la mienne. je la mets avec la votre, et vous deande de l'accueillir. Allard avait dans notre amitié plus de mérite que moi. Il me semble à présent que je ne l'aimais pas assez, pas autant que lui m'aimait ! Toutes ses bonnes lettres où il me faisait confidence de ses enthousiasmes d'artiste et parfois de son cafard sont des témoignages exquis. Ma femme et mes enfants sont rentrés en Europe, à ce courrier-ci. Eux non plus ne veulent pas croire, mais pourtant je crois que notre deuil est légitime. C'est très cruel ce que je vous dis là, pardonnez le moi, mais je ne veux pas fermer ma plaie, je veux souffrir d'avoir perdu mon ami sans réticence ni apitoiement. Nous nous souviendrons toujours de lui, chère madame, comme d'un homme exquis, d'un très grand artiste, d'un ami généreux. Ma femme et mes enfants s'unissent à moi pour vous faire part de la peine qu'ils prennent à votre malheur à tous les trois. Agréez notre fidèle amitié. 

Guébels L.